Si ton intelligence te rend malheureux,
ce n’est pas de l’intelligence. * Les reproches que l'on nous fait sont souvent justifiés, c'est le ton sur lequel on nous les adresse qui est mal choisi.
* Si chacun pensait par soi-même, tout le monde serait d’accord. * On n’est pauvre que de désirer ce que l’on ne peut obtenir. * Certains médecins légistes définissent la mort comme l’arrêt de la pensée. N’est-ce pourtant pas Keith Richard, le guitariste des Rolling Stones, qui disait au contraire : sur scène, si tu penses t’es mort!
* La Gameboy a été inventée pour occuper le temps libéré par l’abandon des travaux champêtres. * Rien n'est grave, tout est aigu. * Sans la mort, pas de décompte, pas de compte,
pas de calcul. Sans la mort pas de mathématiques. * La pensée négative, c’est de réussir à faire même d’un ciel bleu un ciel triste, la pensée positive de faire même d’un ciel pluvieux une bénédiction.
* Mieux vaut être vraiment con, que faussement intelligent. * Entre deux êtres qui se sont choisis pour de bonnes raisons, la passion amoureuse peut durer longtemps, toute une vie même, et à une seule condition : les amants doivent partager ensemble une autre passion que les sentiments qui les lient, un tiers objet qui servira d’aliment, de combustible à l’amour. Il peut s’agir de n’importe quoi : ornithologie, cinéma, géologie, mathématique, vol à voile… qu’importe, du moment que l’amour trouve à s’alimenter à l’extérieur de lui même.
* Je n’ai l’intention d’habiter nulle part. Il me suffirait d’un cabanon dans la forêt où je puisse poser quelques livres et revenir de temps à autre.
* Toujours surpris, dans le miroir, de croiser le regard d’un homme surpri. * Les autres, ça ne sert à rien, sauf à tomber amoureux. * Dans la pensée de Nietzsche, on privilégie (à tort, je pense) la première période, celle durant laquelle il écrivit, alors que c’est probablement au long de la seconde, plongé dans l’hébétude, qu’il toucha vraiment du doigt la vérité.
* Les braves gens. Rien de plus effrayant, dans la bouche d’un politicien. * On ne sort pas assez de soi. De temps à autre il faudrait aller passer quinze jours chez des amis, s’imposer, camper sur leur canapé, voir ce qui se passe.
* La chose vraiment intéressante, chez l’artiste, c’est sa liberté, sa marginalité. Duchamp a dit chacun est un artiste, et il avait raison, mais on rêve d’artistes qui ne produiraient rien, de gens simplement capables d’inventer leur vie, sans pour autant ennuyer les autres avec leur besoin de s’exprimer.
* L’onanisme par personne interposée, voilà le pire de ce que peut-être une relation, sexuelle ou non.
* La rime, c’est quand on n’a pas d’idées. Si on a vraiment quelque chose à dire, on ne s’embarasse pas de rimer.
* Quand il fait très beau, que le ciel est très bleu, j’ai l’impression que c’est moi, personnellement, qui ai de la chance.
* Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien. * Le problème avec le monde, c’est que dès qu’on s’y intéresse on veux le changer, ce qui est impossible! Parvenu à cette conclusion, on y renonce. Et puis ça recommence…
* On est toujours con, mais différemment, de manière changeante, vivante donc. Et on est vraiment con lorsqu’on le reste de la même façon.
* En amour, ce qui nous arrive de plus douloureux est aussi ce qui nous est arrivé de mieux, du moins avant de devenir douloureux…
* Il faut prendre soins de son outil de travail. Une danseuse qui prend une douche, c’est un peu comme un soldat qui nettoie son fusil.
C’est au regard à peine trop insistant d’une fille que l’on s’aperçoit que c’est un travelo. * Un con, c’est quelqu’un qui n’a
qu’un seul point de vu : le sien. * Il y’a autant de mondes que de manières de comprendre le monde : psychanalyse, monothéisme, marxisme, théorie de la relativité… La Terre n’est ronde que pour ceux qui le croient. Certaines tribus d’Amazonie se représentent l’univers comme un grand anneau en forme de 8, et ils ont raison aussi.
* L’intelligence est l’art d’envisager le plus d’interprétations possibles et de n’en faire sienne une seule que lorsque le danger impose l’action.
* Aujourd’hui, les fous qui parlent seuls dans la rue n’ont plus qu’à porter une oreillette pour passer inaperçus.
* La bêtise, c’est souvent la manière dont on se justifie de sa propre veulerie au lieu de s’en accuser. Voyez comme les fonctionnaires de prefecture, les inspecteurs d’assurance et tous ces gens qui, de près ou de loin, font un boulot de flic, feignent d’ignorer l’injustice du règlement qu’ils appliquent avec plus ou moins de zèle. Etre contrôleur de ticket, ça c’est la lâcheté, la grande lâcheté, celle dont on se résigne à faire son métier. * Les travestis se déguisent en femmes, les femmes aussi, et les hommes en homme. * Pour qu'un homme et une femme puissent vivre en harmonie, l'une des conditions déterminantes, à mon avis, est cette complicité qui leur permet de rire ensemble et de si bon cœur du pet involontaire de l'autre.
* De toutes les peurs qu’il nous faut surmonter,
celle du ridicule n’est pas la moindre. * C’est en se désintéressant de soi que l’on découvre qui l’on est. * On ne peut juger d’un amour qu'à ce qu’il reste de lui quand il est fini. * On nous dit "mieux vaut réussir sa vie que de réussir dans la vie". D’accord. Mais cette idée de réussir sa vie implique encore une forme de volonté, d’ambition. Or "il ne faut rien vouloir, il faut seulement se rendre disponible…" Ça me rappel un sujet de philo du bac : "peut-on faire de sa vie une œuvre d’art?" Non, vraiment, s’il fallait réussir quelque chose, ce serait l’instant. Et réussir l’instant, c’est le vivre.
* Il existe quelque part, dans un bureau sans doute bardé d’ordinateurs, des poètes que l’on paye pour donner des prénoms aux cyclones.
* L’amour c’est comme le reste, c’est en ne le cherchant pas qu’on le trouve. * Il est impossible d’accepter la vie sans accepter, avec, la mort. * Ce n’est pas avec les yeux mais à l’oreille qu’il faut choisir sa femme. * Il faudrait n’avoir pas de visage. * La molette du bonheur est située juste entre nos deux omoplates. * Un philosophe ne doit pas être génial, car le génie étant nécessairement incompris et la philosophie devant rester à la portée de tous les esprits, un philosophe génial n’est qu’un penseur enfermé dans sa métaphysique comme un fou dans une chambre capitonnée.
* La simple beauté d’un verre d’eau, d’un enfant ou d’une pomme. * Je juge les gens à leur tête, certes, mais pas du premier coup d’œil, non, il faut des semaines, des mois, parfois des années.
* Pour les jeunes gens d’aujourd’hui, le grand Amour aussi, désormais, porte un nom de hamburger : Big love.
* Aujourd’hui, les jeunes femmes de vingt-six ans ont l’expérience sexuelle qu’avaient naguère celles de trente-cinq, c’est aussi ça l’allongement de l’espérance de vie.
* Au paradis tout est blanc, sauf le lait, qui est rouge. * C’est le côté positif des défaites militaires que la France a connue au cours de son histoire que de nous rendre aujourd’hui sympathiques dans les pays où elles ont eues lieu.
* Durant tant de siècles avant l’invention du papier-cul, la vie quotidienne ne fût pas toujours commode. Quelqu’un, cependant, su tourner l’inconvénient en avantage, et même en volupté : Gargantua, qui se torchait avec des poussins.
* Tout est question de ton, c’est à dire d’angle. * Il y’a statistiquement moins d’accidents aériens que d’accidents de la route. Sans doute… mais les lois de la gravité restent – selon moi et quoi qu’on en dise – plus pertinentes, au moment de monter dans un avion, que celles de la statistique.
* Un homme sans contradictions apparentes est forcément dangereux : il les dissimule (c’est un politicien), pire, il se les cache à lui-même (c’est un maniaque).
* Je suis parfois agacé par les gens plus intelligents que moi, mais je me console vite en remarquant qu’ils sombrent presque toujours dans l’intellectualisme. C’est d’ailleurs à ça que l’on reconnaît les limites de sa propre intelligence : au-delà, celle des autres nous apparaît comme une tendance à tout compliquer inutilement.
* -Que feriez-vous si vous deveniez milliardaire? -Je suis déjà milliardaire! répondit le photographe Edouard Boubat. Je trouve sublime sa réponse , surtout depuis que je sais qu’il a toujours vécu sans le sou.
* * L’autre jour, sans comprendre comment, j’ouvre l’œil inhabituellement tôt. Six heures. Ne parvenant plus à me rendormir, je décide d’aller boire le café au bistrot. Effrayant! Tous ces gens qui vont au turbin! A une heure pareille! Mais force est d’admettre qu’il y’a un érotisme du petit matin parisien : toute cette vitalité, ces secrétaires courant dans tous les sens, ce stress, ces commis empoignant tant de cageots, tout ce petit peuple des employés de bureau qui vient de prendre sa douche, certains ont fait l’amour dans la nuit, d’autres ont encore de la mousse à raser dans l’oreille, chacun est à bloc, le reste de la journée ne sera plus que le déclin de cette belle énergie, à dix heures déjà ça mollit, après déjeuner c’est foutu, dans le métro du soir on ne trouvera plus que des usagés avachis, fatigués, l’œil vague.
* * Il faut considérer sa propre mort comme un épanouissement ultime de l’être, sa dilatation absolue, sa grande libération : un poisson que l’on rejette à la mer après une vie entière passée dans un bocal.
* Chaque situation que nous vivons, surtout la pire, nous avons inconsciemment participé à la créer. Mais on ne parvient à l’admettre que lorsqu’elle se répète plusieurs fois, à vrai dire jusqu’à ce qu’on ne puisse plus que s’exclamer : "Je le fais exprès!"
* On se complait dans le confort du malheur parce que l’aventure de la joie implique de trop grands risques.
* Il faut accepter de n’être que le principe masculin qui équilibre un principe féminin. * Si l’on pouvait, à l’avance, leur montrer la photo de l’adulte qu’ils s’apprêtent à concevoir, peu de parents s’obstineraient.
* Il n’est pas de problème métaphysique qui ne puisse être résolu par la natation. * D’où vient que l’on ne puisse écrire de lettre d’amour sans penser à quelqu’un de précis alors qu’elles nous sont inspirées par un être qui n’existe pas?
* Il existe – incontestablement – deux types de personnes : celles qui, dans leur assiette, mangent d’abord ce qu’elles préfèrent et les autres, qui mettent de côté le meilleur pour la fin. * Disparu en mer. La plus belle mort si on la considère du point de vue poétique, mais l’une des plus atroces si on se représente, concrètement, le moment de la noyade.
* C’est à se demander si le but inconscient de l’homme occidental n’est pas la destruction de tout et, dans cette voie, si là n’est pas le sens de son existence, comme si l’Homme blanc était le cancer de la terre, sa maladie vénérienne – l’erreur de Dieu.
* La réussite sociale est une question d’entregent et, souvent, d’entrejambe. * Les imbéciles auront toujours raison, d’abord parce qu’ils sont plus nombreux, ensuite parce qu’ils n’épousent jamais – ne fusse que le temps de le comprendre – un autre point de vue que le leur.
* Nous ne sommes pas maîtres de nos périodes de connerie, dans le meilleur des cas il nous est juste permis de nous en apercevoir après coup.
* Les filles croient vouloir s’amuser, en fait, elles tomberont amoureuses d’un gars pas vraiment marrant avec qui elles ne s’amuseront décidément pas très souvent.
* Sur mon île, les chevaux et les enfants vont et viennent en liberté. De temps à autre, on voit un gamin traverser la colline, sur un alezan. Moi, je suis pêcheur. A l’aube je pars en barque, à la rame, relever mes filets. Je ne reviens que vers midi, les femmes accourent pour écailler le poisson. L’après-midi, je taille des roseaux au soleil.
* Sous les arbres ils s’exerçaient à des jeux d’adresse et à des mouvements de danse, buvant de l’eau, ne mangeant que quelques figues et de noires olives.
* Celui que nous croyons - ou voudrions - être
empêche celui que nous sommes de respirer. * C’est à retardement que nous comprenons notre bonheur, si bien que le regret d’un bonheur passé nous distrait en permanence d’un bonheur présent.
* Certains soirs, on préférerait être mal accompagné que seul. * Dans le choix d’une fiancée, deux critères sont fondamentaux : ses pieds, et ses parents. Les premiers doivent êtres jolis, les seconds charmants.
* Qui, de nos jours, avancerait vers l’échafaud sans se débattre? Sans doute pas moi, et de toutes les dégénérescences de l’époque, la plus grave est certainement celle-ci : on ne sait plus mourir.
* On ne rencontre plus que des gens qui aiment "l’art, la lecture, le théâtre, le cinéma, les voyages…" Sans doute y trouvent-ils un exutoire au vide de leur existence. C’est la dictature de la fiction, la désepérante victoire du cinéma sur la vie.
* La lucidité même est une illusion puisque rien n’a de réalité. On en souffre donc comme un fou de ses obsessions. Les sujets qui occupent mes pensées paraîtraient aussi abstraits à un pygmée qu’à moi ceux qui inspirent les siennes.
* Croître et se multiplier fût l’injonction du Créateur, qui n’a, semble t’il, rien prévu d’autre que raz-de-marée et épidémies pour le moment où nous serons trop nombreux.
* On ne devrait se sentir insulté ni d’être traité de ce que l’on n’est pas, ni de ce que l’on est. * On vit pour de faux, mais on meurt pour de vrai. * Durant des siècles, je n’ai mangé que du riz et du poisson. Je vivais sur l’eau, dormant dans ma barque.
* Il est presque également impossible de se rendre compte que l’on est devenu fou que de s’apercevoir qu’on est mort.
* * Il faut beaucoup de mansuétude pour soi-même – tant sur le plan physique que moral – pour se reproduire.
* Si les dames ne disent pas tout de suite leur prénom lorsqu’elle téléphone à leur amant, c’est d’abord pour voir s’il les reconnaîtra rien qu’au son de leur voix, ensuite pour savoir s’il attendait leur coup de fil, et, troisièmement, pour vérifier qu’il ne les confondra pas avec une autre.
* Le code civil s’immisce souvent là où il ne devrait pas. Pourquoi l’interdiction, par exemple, de la polygamie? Au nom de quoi ne devrait-on rendre malheureuse qu’une seule femme à la fois?
* Nous subissons jusqu’à nos goûts, nos émotions, nos désirs et nos pensées. L’exercice de la volonté est l’une des illusions les plus trompeuses puisque nous subissons même notre propre volonté et, bien sûr, ses défaillances.
* Un amour qui ne donne pas d’enfant est aussi stérile qu’un arbre qui ne donne pas de fruits. Il s’assèche et jaunit comme l’automne les fougères.
* Il suffit parfois d’avoir fait la
vaisselle pour être content de soi. * Aux Etats-Unis, certaines prisons privées sont côtés en Bourse, et 75% des américains se déclarent à la fois pour la peine de mort et contre l’avortement, c’est à dire assez sadiques pour contraindre les uns à naître et les autres à mourir.
* Untel fut un jour étonné lui-même du succès inhabituel qu’il remportait dans la rue. Pas une passante, il est vrai, qui ne le dévisageait avec curiosité, ni un gamin qui ne lui souriait de toutes ses dents. Rentré chez lui, il s’aperçut devant son miroir qu’un oiseau lui avait chié dans les cheveux.
* Le danger, c’est de se trouver une lecture du monde qui fonctionne trop bien. * Fumer est une activité qui ne doit se pratiquer que solitairement. Ou éventuellement à deux, mais en silence, au bord de la mer, l’hiver.
* Les journées que l’on passe au lit sont les seules qui soient indispensables. * Revint l’automne et avec lui, dans les cafés, l’époque de commander des chocolats chauds puis d’errer la nuit sur les boulevards en désespérant d’y croiser le visage de l’amour.
* On a beau savoir que l’on n’est strictement rien, que l’on n’existe quasiment pas, on continue parfois de s’intéresser encore à sa propre vie comme si elle avait une importance.
* L’exigence de l’exclusivité amoureuse est un marchandage, une mesquinerie. Elle porte d’ailleurs un vilain nom : la jalousie.
* On est toujours surpris de la mine de prof d’histoire-géo qu’on les mecs qui sortent des sex-shops. Ce sont ces sordides saynètes qui nous font hésiter ensuite à laisser un dentiste mettre ses doigts dans notre bouche.
* La conscience de la mort et le rire sont parait-il le propre de l’Homme. Faut-il voir entre les deux une relation de cause à effet?
* On n’a pas plus de chance de rencontrer l’âme sœur dans la foule des villes que dans la solitude d’un désert. Cette rencontre survient (où ne survient pas) comme si elle était écrite (quoique ne l’étant pas), inévitablement.
* La plupart des gens voient l’amour comme un but, alors qu’il est un moyen. * Quand de temps à autre, au hasard de voyages, je redescend quelques jours habiter mon corps, j’en profite toujours pour manger un yaourt à la vanille, comme ces étrangers qui, ayant fait leur études à Paris, n’oublient jamais lorsqu’ils y retournent de prendre un petit café-croissant au comptoir.
* Le bonheur tel qu’on l’attend et se le représente désormais est l’une de ces sortes de griseries que procurent l’argent, le succès, l’euphorie ou la soudaine liberté. Il ne s’agit plus d’un bonheur simple, profond, harmonieux. Non, dans sa forme urbaine, le bonheur ne peut plus qu’être le paroxysme d’une tension.
* Qu’ils l’expriment dans l’architecture, le droit, l’industrie ou le commerce, qu’ils la produisent ou qu’ils la consomment, qu’elle se voit ou non sur leurs visages, il n’y a rien à penser de la laideur de certains êtres, elle est comme l’eau, l’air, la terre ou le feu, élément de la composition chimique du monde.
* Ce qui fait que l’on supportait mieux la tyrannie des rois que l’on ne supporte celle de la bureaucratie, c’est que le roi tenait son pouvoir de Dieu tandis que la bureaucratie ne tient le sien que de l’absurde.
* Quand les amants ont épuisé toutes leurs forces mais pas tout leur désir, ils peuvent encore faire se caresser les plantes de leurs pieds.
* Lire partout des signes est le symptôme de la folie, n’en lire jamais aucun celui de l’aveuglement.
* Le diable éjacule du pu, et il a inventé la télévision pour vider les âmes des petits enfants comme on gobe les œufs de poule.
* Si je devais décider d'un holocauste, ce serait celui des touristes. * Une rencontre amoureuse est un malentendu à dissiper. L’histoire d'amour est l’historique de cette dissipation.
* Le climat tropical et la libération socialiste des mœurs ont fait de Cuba l’empire de la trivialité : plusieurs fois par jours on vous demande ce que vous pensez des Cubaines, comme vous faites mine de ne pas comprendre, on vous explique par des gestes de va-et-vient que l’on vous mime tantôt avec les mains, tantôt avec les hanches.
* Un couple s’étiole. Il suffira peut-être qu’un amant ou une maîtresse vienne rappeler à l’un tout ce qu’il ne trouve que chez l’autre et qui lui est si précieux.
* Ce que nous vivons aujourd’hui nous semblera un jour un rêve brumeux que nous aurions fait il y a longtemps.
* L’Homme pourrait se flatter d’avoir produit quelques-unes des beautés du monde, s’il n’était l’auteur de toutes les laideurs.
* L’amour est une incertitude, un gaz. Que l’on veuille le fixer comme on fixe les pastels et il s’évanouit.
* Tout le problème est qu’en amour nous espérons à la fois l’exaltation et la quiétude, l’aventure et le confort, l’intensité et la paix, le danger et la sécurité, bref les deux idées antagonistes du bonheur.
Nous ne devrions êtres ni des mâles ni des femelles, mais des formes géométriques, toutes uniques, toutes différentes, qui s’emboîteraient les unes aux autres au gré d’affinités électives.
* Tout réside dans la discipline, l’implacable application du programme rythmant le déroulement des journées. Les miennes par exemple : se réveiller à midi, rêvasser une ou deux heures au lit. Vers 16h petit-déjeuner d’un thé tiède. Rêvasser ensuite une ou deux heures en notant – éventuellement – quelques idées. Sortir vers les cinq heures, marcher dans la rue, regarder les gens. L’été s’assoire à une terrasse, l’hiver dans un café bondé, regarder les gens. Commander un ballon de vin rouge (blanc l’été), noter – éventuellement – quelques idées, fumer un paquet de cigarettes. Vers neuf heures rentrer chez soi, manger des spaghettis, rêvasser quelques heures, s’endormir. Si le sommeil ne vient pas, lire le journal.
* Les nuances de la bêtise sont aussi variées et délicates que celles de l’intelligence. * Lorsqu’au passage d’une étoile filante la jeune femme à vos côtés propose de faire un vœu, il serait sans galanterie de demander que cesse la faim dans le monde.
* On peut décider de prêter ou non une existence aux présidents-directeurs-généraux, journalistes économiques, experts comptables, bureaucrates et autres fabricants de la laideur, nos ennemis. Nous en sommes les maîtres, leurs vies sont inconsistantes au point que seul notre imagination peut leur inventer une intériorité.
* Une vie voluptueuse : j’habiterais une île, en Grèce, y fréquentant, à ses heures, une fille voluptueuse. Le reste du temps j’aurais toute liberté pour m’adonner aux voluptés solitaires de la lecture, de la nage et des cigarettes.
* On aime les gens moins souvent en fonction de leurs qualités que par désir d’en être aimé, et l’on cesse fréquemment d’aimer lorsqu’on se croit sûr de l’être. Ainsi confond-on parfois le besoin d’être aimé avec celui de plaire.
* Nous étions jeunes alors, et ne songions qu’à nous divertir. Si l’été il nous arrivait de passer près d’une rivière, nous nous déshabillions à la hâte et plongions dans la tiédeur de l’eau.
* Il y a dans les montagnes tant de vallées splendides qu’il est impossible d’en choisir une seule pour s’y établir.
* Il faut apprendre à aimer le rire des femmes qui rient entre les bras d’un autre. * Nous sommes des petits radeaux qui nous éloignons à jamais de l'enfance. * Ce que l’on prend pour de la flemme et de l’ennui n’est généralement que de la peur de vivre.
* Les enfants devraient non seulement êtres autorisés, mais aussi incités par la loi à réclamer de faramineux dommages intérêts à leurs parents pour les avoir contraint de naître.
* Dans un monde menacé par la surproduction, la pollution et la surconsommation, on devrait s’enorgueillir d’être un improductif.
* La force invincible des cons, c’est qu’on ne peut pas leur démontrer leur connerie. * De nos jours, c’est par manque d’imagination, que l’on devient artiste. * On quitte des appartements, on quitte des femmes,
on quitte des pays, puis on quitte la vie.
* En les relisant plus tard, on se félicite toujours de n’avoir pas envoyé les lettres d’amour qu’on avait écrit.
* On ignore l’heure de sa propre mort, mais on connaît celle du prochain train pour Cambrais. Quel cafouillage dans l’ordre des priorités!
* Manger des biscuits au lit fait des miettes, certes, mais y’a t’il un seul plaisir, un seul, qui n’ait ses inconvénients?
* Une femme aime d’abord un homme pour ses défauts, avec l’espoir de l’aider à s’en défaire. Elle le quitte ensuite au prétexte de ces mêmes défauts, fatiguée d’avoir échoué à l’en débarrasser.
* Bizarrement - et comme cette idée résume bien le problème! - le même mot nome, dans la plupart des langues, à la fois le coït et le sentiment. * |
